DIV YEZH PLOUGASTELL

La France, ses langues, ses fromages

En fin de conte...

lundi 14 janvier 2008 par Daniel (Prezidant)

Texte de Lucien Gourong, célèbre conteur groisillon, paru dans Ouest France le 23 décembre 2007

Tout récemment en tournée en Moselle, j’ai été surpris d’entendre, d’une façon fournie dans un supermarché de Bitche, les accents germaniques du Platt. Ca discutait, ça s’apostrophait, ça se hélait dans ce parler vernaculaire issu du francique des Francs. Même à la caisse, un jeune employé s’adressait dans cette langue à un vieux monsieur. Je me suis dit : pourquoi n’entend-on plus (ou très rarement) parler breton dans un supermarché de Brest ou de Lorient ? Comment le platt a-t-il mieux résister que le breton à la francisation ? Notre langue aurait-elle été plus dangeureuse pour la République française ?

Je me suis mis à rêver à une France qui aurait non seulement sauvegardé ses langues mais aussi les aurait déféndues. Quelle richesse présenterait cette France-là où l’on entendrait claquer le flamand, le normand, le gallo, le poitevin, le saintongeais, le berrichon, le francomtois, l’alsacien, le basque et toutes les variances occitanes, provençal, languedocien, béarnais, gascon, et j’en passe. J’entends déjà les contemplateurs se gausser en invoquant la cacophonie, l’incompréhension, l’impossibilité de communication. Croient-ils que si nous avions gardé notre langue maternelle, nous n’aurions pas appris le français ? Mes quatre grands-parents étaient bretonnants de naissance et ils parlaient notre langue nationale aussi bien que n’importe quel francilien. Une France qui ne proposerait plus qu’un ersatz de fromage à pâte incolore, inodore et sans saveur, qui aurait abandonné ses camemberts -les vrais au lait cru-, ses cantal, ses livarot, ses pont-l’évêque, ses Brie,resterait-elle la terre du bien manger ? Et ses vins alors ? La plus grande fortune d’un pays, d’un peuple, d’une nation tient à ses diversités. L’uniformisation n’est qu’une tentation totalitaire contre laquelle il est conseillé d’opposer ce magnifique poème "Ar men" de Per Jakez Hélias, déclaration d’amour à sa langue maternelle :

« Votre nuit brilla dans mon jour/ Comme une immense pierre noire/ Et c’est alors que je suis né »

J’aimerais bien mourir avec la certitude qu’un jour mes petits-enfants puissent renouer avec la belle langue de ma meumée Mariange tout en sachant parler aussi bien le français que l’anglais et bien d’autres langues encore. Le bilinguisme de naissance est la meilleure porte sur le monde.

Lucien GOURONG


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